10 ET 12 RUE SAINT GEORGES, LYON

Le groupe Alliade Habitat, propriétaire de cet immeuble de 19 logements sociaux, a choisi de faire une restauration exemplaire dans le vieux Lyon. Le quartier Saint-Georges est marqué par le monde du travail, emblématique d’une histoire sociale lié au début de l’industrie de la soie à Lyon. Les relevés et l’analyse historique-critique ont permis d’identifier des traces d’un passé ouvrier et artisanal, une lucarne ; installée au début du XXe siècle, une baie rectangulaire au n° 12 abritant une boutique « tout pour le ménage ». Le projet est attentif à cette mémoire, comme un récit qui peut être raconté à nouveau. Les fonctions révélatrices et consolidatrices de la restauration architecturale entrent en jeu. Il s’agit pour nous d’une démarche dans laquelle éthique et esthétique se confondent. Retrouver la beauté cachée, rendre lisible, transmettre, ces actions sont guidées par la théorie de « restauration critique et créative » modus operandi, que nous suivons avec obstination depuis de nombreuses années.
Les objectifs de ce chantier peuvent êtres synthétisés comme suit :
.1 - les traces d’anciennes dispositions, comme la lucarne du 3e étage et le percement rectangulaire du rez-de-chaussée, sont volontairement intégrées dans le projet,
.2 - les enduits bâtards (années 1980) sont remplacés par des enduits qualitatifs à base de chaux hydraulique naturelle, il n’y avait plus aucune trace d’enduits anciens,
.4 - la couleur des badigeons et des châssis de fenêtres participe au marquage de deux anciennes maisons assemblées, la polychromie s’inspire de la chapelle Brancacci à Florence (choix autobiographie).

Au niveau du 3e étage du n° 12, le projet prévoyait de rétablir l’ancienne lucarne et de créer une nouvelle lucarne passante en bois et habillage cuivre. Cet élément était pertinent, pour plusieurs raisons :
. 1 - fonctionnelle : la lucarne vitrée située dans l'axe de la rue du Viel renversé, aurait offert aux habitants une vue privilégiée sur la Saône,
. 2 - mémorielle : cette lucarne a existé jusqu'à ce qu'une rénovation peu sensible (années 1980) vienne l’effacer,
. 3 – théorique : rétablir cet élément avec une conception contemporaine, nous met en phase avec les articles 9, 11, 12 et 13 de la Charte de Venise. 

Tenu par le contexte réglementaire du PSMV du vieux Lyon, la lucarne du 12 rue Saint-Georges n’a pas pu être mise en œuvre ; le projet est donc en partie inachevé.

Le groupe Alliade Habitat est connu pour des interventions dans le logement social qui n’oublient jamais la mise en valeur du patrimoine bâti. Le chantier du 10-12 rue Saint-Georges, s’inscrit dans cette ligne en s’appuyant sur des entreprises particulièrement qualifiées. Nous sommes convaincus qu’il est important de maintenir la présence de logements sociaux dans tous les quartiers de la ville, incluant les centres anciens. La sauvegarde de ce patrimoine historique exige une attention au choix des matériaux comme aux partis-pris architecturaux. La Ville de Lyon a participé au financement de ce projet (10-12 rue Saint-Georges) au titre de l’aide à la valorisation du patrimoine architectural (VPA). Bien que limitée à l’enveloppe, ce chantier intègre des objectifs d’amélioration thermique des logements. Les menuiseries extérieures (des années 1980), sont remplacées par de nouvelles menuiseries en bois peint, avec double vitrage. Au rez-de-chaussée du n° 12, une porte-fenêtre, remontant à la fin du XVIIIe siècle, aurait dû être conservée et restaurée, mais son usage intensif ont fait que ce châssis a été refait à neuf, selon le modèle précis de l’ancien châssis. Les restes de ce châssis XVIIIe sont conservés dans la cour de l’immeuble, avec une présentation pré-muséale. Les nouveaux châssis peints du rez-de-chaussée intègrent une œuvre contemporaine sur la surface vitrée. Pour ce faire Alliade Habitat a consulté plusieurs plasticiens avant de confier ce travail à l’artiste Julie Navarro. Ce travail sur le verre est pensé comme un hommage au Lyon de la Renaissance. Pour ce faire, l’architecte a proposé de retrouver, rue Saint-Georges, des fragments du plan scénographique de Lyon de 1550 (conservé aux AML) en résonance avec notre monde contemporain, mais aussi de rendre hommage à Louise Labé, la grande poétesse lyonnaise du XVIe siècle. Relativement peu coûteuse, la technique de « sérigraphie à impression digitale » a permis de fixer l’œuvre sur le verre (travail réalisé à la miroiterie de la Chartreuse). Julie Navarro a nommé son œuvre « Supernova LB 1555 ».

« Supernova LB 1555 »

D’immenses tourbillons bleu nuit, comme des vagues célestes, supernovas cosmiques, traversent l’architecture de la façade du 10-12 rue Saint-Georges. La trame légère, vert chlorophylle, met en perspective la ville ancienne – extraite du plan scénographique de Lyon en 1550 – avec le souffle omniprésent de Louise Labé dans la ville actuelle.

Femme de liberté et d’amour, la poétesse du XVIe siècle, contemporaine de Joachim du Bellay et de Maurice Scève, entre en dialogue avec nous, dans l’ombre et la lumière d’Éros. Au détour des rues, des motifs intimes et des mots résonnent ici et là, à l’envers comme à l’endroit, avec leur sens caché et équivoque, en miroir de notre monde contemporain.

Julie Navarro – artiste

Équipe de Maîtrise d’œuvre :

Architecte mandataire : DETRY & LEVY architecte (Nicolas Detry et Paul Rolland)

Équipe Bureaux d’Études :

Budget initial : 165.000,00 € HT travaux
Marché privé : Groupe Alliade Habitat.
Protection patrimonial : secteur sauvegardé du Vieux Lyon (PSMV : Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur dirigé par Jean-Gabriel Mortamet, ACMH)
2017-2020
10 et 12 rue Saint-Georges - 69005 Lyon

Projets suivants

3 Rue Juiverie | Semper Architecte