3 RUE JUIVERIE, LYON

Situé au cœur du "Secteur Sauvegardé", en face de la célèbre galerie de Philibert DELORME (XVIe siècle, hôtel Bullioud), cette petite maison s'insère dans la trame serrée des parcelles médiévales. Le bailleur social, SCIC Habitat Rhône-Alpes, achète le bâtiment en 2009 en vue de l'aménager pour 3 logements et un commerce.Notre mission inclus la restauration de la façade et de la toiture, l’isolation thermique et phonique, la création d’un local poubelle et l’amélioration de l’entrée. Le projet de restauration comporte plusieurs phases (relevé précis, analyse historique-critique, sondages, étude préalable). Une campagne d'archéologie du bâti est réalisée sous la direction du Service Municipal d'Archéologie ; le relevé « pierre à pierre » et l’archéologie en élévation donnent des résultats significatifs sur la micro-histoire. Cette démarche s'intègre dans la connaissance globale de l'histoire urbaine du Vieux Lyon, sachant que chaque restauration effectuée dans les règles de l’art, constitue une avancée dans la connaissance.           
Avant travaux, la façade était dégradée, lacunaire et sa qualité architecturale était perdue. Les images après travaux montrent le chemin parcouru durant le chantier. La restauration du 3 rue Juiverie est conçue pour s’intégrer en douceur dans le milieu urbain. Il s’agit de comprendre cet édifice, prendre soin des éléments qualitatifs construits avant nous et les projeter dans l’avenir. Conserver et restaurer le patrimoine architectural offre la possibilité d’enrichir l’espace construit et d’offrir aux hommes qui y vivent une dimension poétique qui n’a pas d’équivalent. Le bâti ancien est souvent durable ; certains édifices, comme ce modeste 3 rue Juiverie, sont debout depuis des siècles. Ils sont pour nous ressource, culture, art, sciences, techniques ; à la fois repère dans le territoire et dans la mémoire. Restaurer est donc un acte de tendresse envers toutes ces choses.

Derrière plusieurs strates sans qualité (enduits, châssis de fenêtres), sont retrouvés les fragments authentiques des croisées en pierre. Le relevé précis des bases de colonnes et des moulures nous a permis de connaître leur disposition avec une précision certaine. Les meneaux et traverses sont donc rétablis dans leur état connu (début XVIème siècle), ceci permet de retrouver la lecture de l’architecture et la solidité de la façade. Il s’agit d’une « réintégration de lacunes » qui permet de retrouver l’unité figurative. La pierre de Jaumont est utilisée, ce calcaire beige doré (carrière près de Metz) est très proche de la pierre des Monts-D’or, largement utilisée dans le patrimoine bâti de la région Lyonnaise. La densité, la dureté, le grain, l’aspect de la pierre de Jaumont sont compatibles avec la pierre ancienne encore en place. La subtile différence d’aspect entre les deux pierres est bienvenue pour une restauration rigoureuse.

L’efficacité énergétique de l’immeuble a été nettement améliorée. Sous la charpente, la couverture a été isolée thermiquement. Une ITI (isolation thermique par l’intérieur) est réalisée en respectant la logique constructive de ce bâti ancien. La « perspirance » de l’isolation thermique doit être compatible avec la « perspirance » de ces vieux murs de pierres et de briques hourdés à la chaux. Pour ce faire des blocs de « Multipor » sont maçonnés contre la façade côté intérieur. L’isolation thermique des ébrasements, jambages et tableaux de baies est assurée par un enduit isolant à base de chaux et pouzzolane. Des nouveaux châssis de fenêtres en bois, avec double vitrage très performant, sont mis en place.

Au rez-de-chaussée deux arcs segmentaires sont restaurés, consolidés et libérés grâce à la dépose de deux faux arcs en ciment. Sous ces deux arcs une devanture élégante est mise en place : habillages et claustra en laiton, châssis en mélèze. Le laiton, comme la pierre est un matériau résistant et « auto-patinable ». Sur le laiton est gravé un hommage au grand architecte français Philibert DELORME (1514 – 1570), dont les œuvres, pourtant célébrissimes, ont été presque toutes détruites par l'incurie, le fanatisme et le manque de culture.

Équipe de Maîtrise d’œuvre :

Architecte mandataire : DETRY-LEVY & associés (Sous la direction de Nicolas DETRY et Pierre LEVY)

Équipe Bureaux d’Études :

Budget initial : 100 000 € HT
Marché privé : SCIC Habitat Rhônes Alpes
Protection patrimonial : Inscrit dans le secteur sauvegardé du «Vieux Lyon» et soumis au plan de protection du PSMV
2010-2011
3 rue Juiverie - 69005 Lyon

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